Ma Race Across France 2026

Publié le : 29/06/2026
Catégories : Cyclisme

Piqué par le virus de l'Ultra-Distance en vélo, difficile de résister à la tentation de s'inscrire pour ma 4ème Race Across France 2026 !

Parcours différent qui semble plus simple mais c'est sans compter sur la canicule.

Tracé de la Race Across France 2026

Question matériel :

Je pars avec mon GIANT Defy Advanced SL

Groupe SRAM Red E1 46/33 - 10-36

Roues CADEX Max 40 

Pneus Continental 32 AS5000STR en Tubeless

Chambre à air Ridenow en secours

Sacoches Apidura et Cyclite

Sacoche Tailfin Cargo à l'arrière

Le vélo chargé (sans l'eau) fait 16,5kg

Le départ de cette Race Across France est donné à 20h ce jeudi 18 juin 2026 à Hendaye. 

départ race across france 2026

L'objectif est de rejoindre la base de vie de Créon en moins de 24h à 519km.

Beaucoup ont cet objectif, du coup ça roule vraiment vite pour un Ultra, c’est 35 sur le plat sachant que nous devons faire 200km dans les pyrénées et passer l’Aubisque et le soulor. 

Au 50eme, nous sommes déjà surpris par une route pourrie, très raide, entre 12 et 20% sur 2km. Ça calme vite !

Nous sommes en pleine nuit et nous sentons encore la grosse chaleur de la journée. Très vite nous sommes à la recherche d’eau. Les 170km se passent bien et arrive l’Aubisque ! 16km à 7,7% de moyenne. Je le monte tranquille, je me fait doubler régulièrement par des plus forts ou des inconscients, je ne sais pas…

Je fais en sorte de ne pas me mettre dans le rouge, il faut avaler les 519 km sans encombre.

Mais au 400ème, mon GPS bugue. Je sors celui de rechange et m’aperçois que je n’y ai pas téléchargé le parcours, la quiche !!! Donc inutilisable.

Je décide donc de rester en compagnie de Seb, mon mentor et binôme de la Race Across Paris. 

Créon

Arrivé à Créon à 21h30, j’en profite pour manger et me doucher.

Au moment d'aller dormir, nous sommes conviés à une réunion de crise avec l’organisation qui ne sais pas trop quoi faire pour éviter les accidents liés à la chaleur et respecter les volontés des différentes préfectures.

Différents scénarios sont proposés et celui retenu est de neutraliser la course de 12h à 16h pour ce samedi, puis 12h à 18h dimanche. 

Il faut donc stopper pendant ces heures et rouler le reste du temps.

Obligé de réinitialiser totalement mon GPS, tout effacer et ça re-fonctionne. Ouf ! 

Saumur

Je repars à 4h avec Seb et Remi. 

Objectif, rejoindre Saumur à 400km le soir, j’y ai réservé une chambre d’hôtel. Mais avec la coupure imposée de 12h à 16h pas question de trainer, nous devons rouler fort. 

Il fait tellement chaud que je consomme un bidon toutes les 30 minutes. Le parcours ressemble à une chasse à l’eau. À 130 km de Saumur, Seb ressent le besoin de dormir. On fait une pause remplissage de bidon derrière une église à 2h du matin où il compte faire une sieste. Mais au moment de repartir, il décide de quand même venir avec moi. On se motive pour rejoindre Saumur coûte que coûte. Difficile, ça fait plus de 900km en deux jours.

Arrivés à Saumur à 4h, nous nous douchons et dormons 1h30 pour repartir à 6h45. Objectif, trouver une boulangerie mais elles sont toutes fermées. Seb a des douleurs au ventre mais continue sans broncher, un vrai golgoth !

Nous aurions aimé rejoindre Orléans avant la neutralisation de 12h pour passer les 6h dans la base de vie. Mais à l’évidence, ce n’est pas possible, trop loin.

Le téléphone

Je n’ai plus de téléphone depuis deux jour et ça m’agace profondément. Je décide donc de rouler plus vite pour rejoindre la grosse ville la plus proche, Tour, avant 12h pour espérer trouver un téléphone dans une grande surface. 

Je rencontre un cycliste local qui me confirme que c’est possible de trouver ça à Tour. Je suis à 50km, c’est donc version chrono que je file vers Tour. Ma seule obsession, trouver un téléphone avant 12h. Arrivé à Tour, je ne trouve pas de centre commercial ouvert, sans téléphone je suis vraiment perdu. Je me retrouve dans la zone industrielle nord. Ça m’agace encore davantage. Je décide donc de filer vers Orléans en me disant que je trouverai un téléphone le lendemain dans un bureau de Poste. 

Les heures avancent et je dois stopper à 12h pour respecter le règlement. Je regarde l’heure sur mon GPS, il est 11h30 ! Plus beaucoup de temps, il faut que je fasse attention de ne pas être arrêté au milieu de nulle part, il faut au moins un point d’eau. Attendre 6h au soleil va être compliqué. 

Soudain, mon GPS me lâche à nouveau !!! Je dois donc m’arrêter à Vernou, près d’un ruisseau. Impossible d’aller ailleurs au risque de me faire disqualifier. Commence une longue attente sous les arbres. Il y a là, quelques tables de pique-nique.

J’ouvre deux boites de maquereau et mange un gâteau protéiné que j’avais au cas où…

Mais je n’ai que 2 litres d’eau pour 6 heures au soleil, ça va faire mal !

Les manouches

Je fais une sieste et un bruit de guitare me réveille. Un type joue et chante assez fort, il chante bien et c’est plutôt agréable à entendre. Ils sont deux hommes à une cinquantaine de mètres. 

Ne comprenant pas bien ce que je fous là, le chanteur au gros coffre m’appelle. Il brandit quelque chose dans sa main et me demande si j’en veut. 

Inespéré, on m’apporte de l’aide ! J’espère que c’est de l’eau ! Mais c’est du melon. Le type aux grosses mains bien noircies au soleil me découpe une part. Incroyable de vivre cette sensation de bonheur inattendue ! Une part de melon est à ce moment là est un cadeau tombé du ciel !

Pendant que je mange, il me prêche la voix du christ, me fait découvrir le psaume 23 et d’autres dont j’ai tout oublié. Gentil mais il me saoule avec ses psaumes depuis une bonne heure. Impossible de l’arrêter alors que je pense qu’à une chose, trouver un téléphone !

Pas grave je continue à avaler du melon. À chaque tranche que je termine, il reprend le melon entamé, où les mouches pondent à foison, pour m’en re-découper une part sous les récits de psaumes. Il me demande si j’ai de l’eau, enfin ! Ne pouvant pas l’arrêter de parler je n’avais pas osé lui demander. Il me rapporte une bouteille un peu chaude de la camionnette.

Pendant tout son récital, entrecoupé de morceaux de guitare, je ne pensais qu’à une chose, un téléphone !! Mon impatience commence à prendre une certaine ampleur insupportable, je décide donc de l’interrompre.

« Est-ce que tu sais comment je peux trouver un téléphone, le mien est HS ? »

Les psaumes s’arrêtent, la guitare est posée contre un rocher et le deuxième type se retourne soudainement vers moi avec son regard noir et son Opinel dont il ne cessait de nettoyer le lame. Il me braque du regard et me dit sèchement que ma question n’a rien à voir avec ce qu'ils me disent ! Je comprends bien que je les braque. Je commence à me dire que je suis tombé sur des fracassés qui vont me faire la peau ! Les psaumes s'arrêtent et il y a un gros silence...

Je m’intéresse donc à eux, savoir qui ils sont, d’où ils viennent et je complimente le chanteur, c’est vrai qu’il chantait vraiment bien. 

Et contre toute attente, il me sort son téléphone et me propose d’appeler si j’ai besoin. Oui ! Enfin ! La délivrance !

J’appelle enfin ma femme. Avec ma mémoire très défaillante, je me retrouve devant l’écran qui me demande de taper un numéro ! J’imagine que ma volonté d’appeler ma femme a été telle que j’ai pu retrouver son numéro dans mon cerveau dézingué. Incroyable, je n’était pas certain de faire le bon mais quand j’entends la voix de ma femme, l’espoir revient !

 

Je lui explique la situation et elle m’apprend que la course n’est plus suspendue mais stoppée ! Plus le droit de rouler, le préfet a placé le Loiret en vigilance rouge, il faut prendre un nouveau départ à Albertville ! Ayant une puce de l’organisation sur moi elle peut savoir précisément où je suis. Mon fils prend donc la route pour venir me chercher. 

J’indique aux deux manouches que mon fils arrive. Le chanteur repars je ne sais où avec sa camionnette, laissant son acolyte qui n’est autre que son oncle, en ma compagnie. Le temps d’en apprendre beaucoup sur leur mode de vie. 

J’apprends que je suis un gatché, un sédentaire.

Un moment plaisant et bien sympathique mais l'attente est interminable, je suis fatigué et la chaleur n'arrange rien. 

Le chanteur revient avec sa camionnette et descend une grosse miche de pain. Il m’en découpe une grosse tranche et m’ordonne presque de la manger. À 43 degrés au soleil… manger du pain sans rien dessus… dûr. Ça ne passe même pas tellement ma gorge est sèche. Je lui demande donc s’il lui reste du melon. Il retourne à sa camionnette remplie de paniers en osier qu’il vend sur les marchés. 

Il en sort un melon plutôt noir, assez pourri, je pense que le couteau n’était pas indispensable… il me tend une part que j’avale entre deux bouchées de pain. 

Une fois terminé, toujours avec son couteau à la main, il me propose d’aller nous baigner dans la rivière. Franchement, avec la chaleur j’en ai bien envie. Voyant les nénuphars avec des crapauds qui me hurlent dessus, je me demande si c’est raisonnable, l’eau est stagnante. J’y vais quand même en trempant juste les jambes et ça fait du bien. 

Le retour des manouches

Vers 18h, ils décident de repartir, on se salut, ils m’offrent un petit panier avec une mandarine pourrie et encore du pain.

L’oncle qui monte côté passager jète un autre petit panier par la fenêtre. Il voit mon air interloqué et me fait signe de me taire, visiblement il ne faut pas que le chanteur voit ça.

Je vois la camionnette s’éloigner pendant que je mange une dernière part de melon. 

Je me dis qu’il y a parfois de belles rencontres. Mais à peine 2 minutes après, je n’ai même pas eu le temps de ramasser le deuxième panier, la camionnette revient !

Le chanteur descend et me demande si je sais où est son téléphone ! J’ai l’impression qu’il me soupçonne de quelque chose. Il voit le panier au sol et se demande pourquoi il est là. Je m’empresse de lui faire voir que j’avais en main le panier qu’il venait de me donner, peur qu’il pense que je l’ai jeté !

Il le ramasse et le remet à l’arrière de sa camionnette où il retrouve enfin son téléphone ! Ouf ! 

Il me demande alors de faire une photo avec son oncle, photo qu’il envoie à ma femme. Trop sympa !

Manouche

Je me recouche dans l’herbe et c’est mon fils qui me réveille à 20h30, enfin ! 

Je rentre à Sucy pour repartir le lendemain à Albertville pour le second départ le mardi à 22h. 

17 coureurs sont passés à Orléans et donc toujours dans la course.

La RAF Neutralized

L'organisation décide de refaire le départ pour les autres en bâtisant la course, "2500 neutralized". Nous sommes 93 à reprendre le départ d’Albertville. 

Le départ est rapide, nous sommes 4 devant, Seb, Mathieu et Sebastien (vainqueur) et à plus de 30 de moyenne sur les 100 premiers km. Je prends la tête pendant plusieurs km et me retrouve seul mais je reviens vite à la raison, ce qui nous attend est rude !

Avec 5 ou 6 cols au programme, on se calme vite mais nous espérons en monter le maximum durant la nuit. L’objectif est de rejoindre la base de vie de Bollène à 311km 4900D+ en milieu de journée pour attaquer le Mont Ventoux le soir. 

Au 110ème, nous abordons la montée de Monteynard, ça pique ! puis vient le col de Menée au 174ème, col de pennes au 217ème, col de Muse au 241ème et plusieurs cols plus petits.

Nous arrivons enfin à Bollène à 13h20 sous un soleil de plomb.

Je mange, dors un peu et Seb me secoue pour repartir au plus vite. En sortant de la base de vie, le ciel est noir, le Mont Ventoux semble être sous les orages. 

Mont Ventoux - Arrivée

Pas grave, nous devons faire 50km pour rejoindre Malaucène avec un vent de face ultra violent. 2 heures pour faire 27km ! Nous profitons d’un arrêt dans une épicerie pour demander au gérant s’il pense que l’orage va tomber sur le Mont Ventoux. Très risqué de s’embarquer dans l’ascension la nuit avec une météo pourrie. 

A Malaucène, au pieds du Mont, la décision d’y aller est prise, nous attaquons le Mont Ventoux vers 22h. Nous entamons notre deuxième nuit blanche de suite et ça commence à faire mal.

La montée est rude avec des passages vraiment difficiles. La fatigue se fait vivement ressentir.

Le descente est aussi très difficile en pleine nuit, avec Seb et Remi, nous sentons fortement l’envie de dormir. La descente est longue et usante. 

Arrivés à Sault nous nous retrouvons à 6 coureurs et nous finirons ensemble. Une super ambiance entre nous, nous avons tous 3, 4, ou 6 RAF à notre actif, de quoi se remémorer de bon souvenirs des versions précédentes ! Que des gars sympa !

La journée est très difficile à cause de la chaleur. La température monte petit à petit jusqu'à atteindre son pic vers 16h. Nous avons besoin de ravitailler en eau tous les 20km. 

Plus nous avançons, plus la température monte jusqu’à devenir vraiment insoutenable. Je me force à ne pas engager trop de puissance, je ne suis pas serein, j’ai peur du malaise même si je n’ai aucun signe. 

Avec Seb, nous décidons de terminer ensemble, nous avons fait la Race Across Paris en binôme et nous retrouver ensemble à la fin de la RAF fait plaisir. Son expérience monumentale est une aide précieuse dont j’ai la chance de profiter, une belle amitié. 

Nous passons l'arrivée à 17h40 et terminons 22 et 23ème, une belle performance même si nous ne faisions pas attention au classement, notre but était vraiment de terminer sans se faire massacrer par la chaleur. 

Seb et moi à l'arrivée de la race across france 2026

Une belle RAF qui laisse une impression bizarre, nous arrivons assez frais par rapport aux autres éditions mais avec une sensation d’en avoir bien bavé ! Notre expérience nous a permis de ne pas commettre d’erreurs. 

Un bon souvenir et des amitiés renforcées. Le monde de la RAF devient une belle famille.  

Reste à me préparer pour la Northcape avec un départ de Milan le 25 juillet et une arrivée au Cap Nord 4200km plus loin

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